Le besoin de sens au regard de la crise actuelle

Le sens, un besoin existentiel de taille

Il y a des jours avec, des jours sans. Des jours où vous êtes heureux de commencer la journée. Vous pensez aux heures à venir et vous ressentez joie, motivation, énergie. Et à l’inverse, des jours où sortir du lit n’est pas chose aisée. Le réveil sonne, il « faut » se lever, sans savoir véritablement pourquoi. La « raison de se lever le matin » est un concept que les japonais nomment « Ikigai ». Plusieurs composantes doivent être présentes afin de développer le sentiment profond que notre existence fait sens. J’évoquerai ce concept intéressant dans un article à venir.

On parle communément du « sens de la vie » comme ce quelque chose qu’il serait bon de trouver, et si possible avant ses 80 piges ! L’ennemi à combattre, ou l’ami à apprivoiser – selon le regard que l’on porte – est ce fameux « vide existentiel ». Quelle sensation désagréable de ne pas comprendre pourquoi on est là où on est. De se prendre la vacuité de l’existence en pleine face ! Décliné à un niveau moins spirituel et plus pragmatique, ce besoin de sens est primordial au quotidien. Qu’est-ce qui vous nourrit dans votre sphère professionnelle au quotidien ? Quel sens trouvez-vous dans les relations interpersonnelles que vous entretenez?

J’avais décrit ce besoin de sens plus en détails dans un article précédent sur les 5 besoins identitaires si jamais vous souhaitez le lire ou y revenir : https://www.lf-mediation.com/2021/03/02/les-5-besoins-identitaires/.

Regardons désormais comment la crise actuelle impacte potentiellement ce besoin de sens.

Quel sens en période de crise ?

Les situations de crise déboussolent car elles modifient profondément nos quotidiens. Elles impliquent très souvent une perte de repères, en cela que nos existences sont bouleversées. En cette période de crise liée au virus, nombre de nos repères sont chamboulés, en bien ou en mal. Certaines personnes apprécient le mode télé-travail, tandis que d’autres le détestent. Certains individus apprécient de se retrouver à 18h à leur domicile (si, si, certains en voient le sens ^^) pour avoir une longue soirée devant soi. Néanmoins, pour d’autres, cette obligation est vécue comme un enfermement, une injustice.

Bien que nous vivions les choses différemment, chacun faisant comme il peut, des éléments en commun sont néanmoins perceptibles. Le fait par exemple de ne pas avoir de visibilité quant à ce qui va arriver prochainement semble être un facteur de stress pour beaucoup. La question qui émerge fréquemment : « Quand est-ce que tout cela se terminera ? Y aura-t-il seulement une fin ? » Et c’est là que les besoins de sens et de justice s’en trouvent particulièrement impactés, selon moi. Respecter et appliquer une mesure, définie dans le temps, et dont les objectifs sont clairs, peut être rassurant et sembler « juste » pour les gens.

Or, nous vivons actuellement dans l’incertitude quant à la temporalité de toutes ces mesures prises : « Jusqu’à quand ? » sans vraiment en comprendre les raisons : le fameux « Pourquoi ? ». Demander à quelqu’un de courir en zigzag sur 600 mètres pour échapper à un rhinocéros en lui expliquant qu’à 600 mètres se trouve un gros arbre qui fera protection, oui, ou disons pourquoi pas ! Mais demander à quelqu’un de courir indéfiniment pour fuir un danger qui a l’air certes sérieux mais dont les contours ne sont certainement pas aussi clairs que ceux d’un rhinocéros, alors à quoi bon ? Les gens s’essoufflent, les personnes se font des entorses aussi parfois, d’autres n’ont pas les bonnes chaussures pour tenir aussi longtemps. Et par conséquent, l’arbre semble peu à peu reculer de plus en plus.

Ainsi, j’ai l’impression que nous courons tous actuellement – plus ou moins dans la même direction – sans avoir clairement en tête ni le rhinocéros, ni l’arbre protecteur. Dans un tel contexte, il n’est pas étrange que les personnes soient tentées d’arrêter de courir, pour se regarder soi-même puis les autres et pour se demander : « Au fait, on fait quoi là ? Est-ce que tout cela a du sens ? ».

De la crise peut naître l’opportunité

Dernièrement, j’ai vu des personnes anxieuses, déprimées parfois, lasses souvent. De mon côté, je me suis sentie à plusieurs reprises un peu perdue. Comme si cette période me privait de choses importantes tout en me donnant l’opportunité de faire quelque chose d’essentiel bien que difficile. Le virus dissèque nos vies. Allez hop au revoir les distractions. Adieux les réunions de familles ou entre amis ! Bye bye les soirées. Les sorties culturelles ? A quoi cela ressemble au fait ? Un bon resto ? Niet, à vos fourneaux, si vous désirez régaler vos papilles! J’ai l’impression que ces différentes activités appartiennent à une autre époque, comme si cela faisait une éternité! Paradoxalement, j’ai aussi la sensation que c’était finalement hier.

En vérité, comment une année de privation de quelques libertés pourrait finalement ébranler le sens de notre vie ? C’était donc si fragile !? Dans cette fonction de dissection qu’à cette crise sanitaire, je contemple ce qui reste sur la « table de ma vie ». J’ai alors tout le loisir de me demander si cela fait sens ou non. Sans artifice, votre vie à l’état brut vous convient-elle ? Est-ce que finalement ce sont toutes ces activités et libertés qui donnaient du sens à notre existence ou bien n’était-ce que mascarade, camouflant brillamment et utilement nos vides intérieures ? Je n’ai pas la réponse, je me pose simplement la question.

Confrontée à cela, je vois que certaines choses bougent en moi. Et je vois les êtres qui m’entourent commencent à bouger, ou poursuivre leur mouvement, avec davantage de conscience. Pas tous et pas tout le temps, certes. Toutefois, quelque chose semble bouger. Il n’est bien évidemment pas agréable de devoir apprendre à courir au moment d’être poursuivi par un rhinocéros. On préfère apprendre à courir tranquillement, lorsque le moment est opportun. Ce n’est pas forcément très sympathique d’être mis ainsi au pied du mur. Certains ont perdu des êtres chers, d’autres ont perdu leurs emplois ou le tout combiné. Être dépouillé(e) et/ou dépossédée ainsi ne peut qu’être déplaisant. Sans en arriver à ces expériences extrêmes, nous avons tous observé des changements, nous avons tous dû nous adapter. On apprend énormément dans la difficulté, même si à choisir, nous opterions pour la facilité.

J’ai vu pas mal de personnes se séparer de leur conjoint(e) dans cette phase, perdre leur emploi, tomber malade, tomber en dépression. Ces événements, bien que souvent très douloureux à vivre, peuvent être de véritables opportunités pour grandir. J’ai vu aussi des personnes enclencher une transformation interne, développer de nouvelles idées, se mettre à créer des choses. En somme, certaines personnes enclenchent une véritable transition. D’ailleurs, si ce processus te parle et que tu te sens en transition, voici mon article en la matière: https://www.lf-mediation.com/2020/04/02/transition/.

Quand l’extérieur semble devenir « pauvre », l’invitation à se tourner à l’intérieur semble impérieuse et précieuse. Et vous, comment cultivez-vous votre intérieur dans cette période ? Qu’est-ce que la crise a retiré et/ou semé en vous ?

Laure Faget