Les 5 besoins identitaires

L’ordre des besoins n’a aucune importance, et tous sont interreliés

J’aimerais vous parler dans cet article des cinq besoins identitaires essentiels pour tout être humain. Plus qu’une simple thématique, c’est un véritable partage que je fais là. C’est au Canada que j’ai eu la chance de découvrir l’auteur qui parle de ces 5 besoins et depuis je trouve que mon existence est plus éclairée. Ça n’arrive pas tous les quatre matins de « rencontrer » une théorie qui fasse autant sens et qui semble aussi essentielle. Depuis, j’ai plaisir à la partager lors de mes formations ou autres, en espérant que cela soit aussi édifiant pour les autres que ça a pu l’être pour moi.

Ces cinq besoins identitaires sont, comme leur nom l’indique, des besoins qui façonnent notre identité. Ils viennent donc chercher quelque chose de profond en chacun, puisqu’ils touchent « l’être » même. Et le fait d’« être ». Ils sont souvent au cœur des dynamiques conflictuelles, lorsqu’ils ne sont plus satisfaits. Je m’inspire de la théorie de Vern Neufeld Redekop (From violence to blessing : How an understanding of a Deep Rooted conflict can open paths of reconciliation, 2002) que je cite ici avec respect et admiration.

Néanmoins, comme j’ai l’occasion de travailler professionnellement avec différents groupes, de cultures variées autour de ces besoins et que j’ai moi-même effectué un gros processus de « digestion » pour bien les assimiler, j’en parlerai avec mes mots, mon vécu et mes perceptions. La description qui suit reprend donc simplement le nom de chaque besoin tel que décrit par l’auteur, suivi de mes réflexions en la matière.

Dans cet article, je ferai une description de ces cinq besoins que sont les suivants : sens – appartenance – sécurité – reconnaissance – action. Dans ma prochaine rédaction, je reprendrai alors chacun de ces besoins pour approfondir la réflexion, tout en les mettant en perspective avec la crise que nous traversons actuellement.

Le besoin de sens

Pourquoi vous levez-vous le matin ? Quelle est cette aspiration profonde qui vous pousse à faire ce que vous faites, à vivre tel que vous vivez ? Vous sentez-vous parfois abattu(e), vide, désorienté(e) ?

A partir de notre éducation, de nos expériences, de nos valeurs et croyances, nous donnons du sens à notre vie, à nos relations, à nos actions. C’est ce qui nous différencie des robots, qui eux sont (véritablement) programmés. Ce besoin de sens est lié au besoin de justice. En effet, si l’on imagine une situation dans la sphère professionnelle où vous ressentez de la trahison par rapport à votre employeur ou un non-sens, votre besoin de justice sera probablement ébranlé. De la même façon, si l’on vous demande d’exercer une tâche et que vous ne comprenez pas pourquoi, cette absence de sens à vos yeux provoquera démotivation, frustration…etc. D’ailleurs, quand l’individu ressent un manque de sens de façon intense, il peut même se sentir vide. Ce fameux « vide existentiel » peut être généré par un ensemble de facteurs, toutefois ce besoin de sens sera très certainement en jeu.

A l’inverse, lorsque nous arrivons à donner du sens à ce que nous faisons et vivons, des émotions et sentiments positifs se ressentent. Épanouissement, vitalité, envie de partager, joie, motivation pour poursuivre, l’individu qui a une vision claire est animé d’une volonté puissante et contagieuse.

Le besoin d’appartenance

A quoi appartenez-vous ? A quoi ou à qui vous sentez-vous profondément relié(e) ? Vous arrive-t-il de vous sentir seul(e), isolé(e), en marge ?

Sentir que l’on appartient à quelque chose de plus grand que soi-même est essentiel. J’appartiens à une famille, à une société, à une communauté, à une religion, à l’univers…etc. Ce besoin d’être en contact et d’avoir des interactions nait dès l’enfance. Nourrisson, nous ne pourrions tout simplement pas survivre si nos parents ou quelqu’un d’autre ne prenaient pas soin de nous. A ce propos, je me souviens d’une phrase d’une psychologue avec qui je travaillais qui m’avait beaucoup marquée. Elle avait dit « Notre seul objectif, notre seul focus devrait être de nourrir des liens de qualité car c’est essentiel pour la santé mentale, et même pour la longévité ». Elle m’avait alors parlé d’une étude ayant mis en avant que les individus qui vivent le plus longtemps sont ceux qui ont nourri le plus d’interactions et de relations de qualité. Impressionnant non ?

Selon les cultures et les situations, l’appartenance se matérialise de différentes manières. Lorsque je travaillais avec des enfants et adolescents « en situation de rue », je notais à quelque point cette appartenance était fondamentale pour eux. Le jeune n’ayant plus de foyer de référence, il tente par différents moyens de retrouver un sentiment d’unité et une protection en formant un clan d’enfants. En milieu carcéral, les stratégies et systèmes pour recréer de l’appartenance – même loin des siens et enfermés – sont très impressionnants.

Lorsque ce besoin d’appartenance n’est pas satisfait, une sensation de rejet ou d’isolement émerge. Il est d’ailleurs « curieux » de noter le nombre de mots dans la langue française pour désigner ce phénomène de l’individu qui n’appartient plus à un groupe. Exclu(e) – à l’écart – discriminé(e) – abandonné(e) – incompris(e) – à part – marginalisé(e) – rejeté(e) – ostracisé(e) – banni(e) – chassé(e)… et j’en passe très certainement !

Le besoin de sécurité

Vous êtes-vous déjà senti(e) vulnérable ? Sur la défensive ? Mal à l’aise car avec la sensation d’être envahi(e)?

Le besoin de sécurité se décline en trois dimensions. Tout d’abord la sécurité matérielle: avoir de l’argent, des biens, des congés, une retraite…etc. La sécurité physique: avoir un toit, avoir accès à un médecin et des médicaments, pouvoir manger à sa faim…etc. Et aussi la sécurité psychique: avoir droit au calme et à l’intimité, être respecté(e), se sentir en confiance. En psychologie, un besoin apparait comme essentiel depuis la petite enfance : avoir un lien stable et sécurisant avec une figure d’attachement. Démuni de cela, l’enfant se sentira alors insécure. Adultes, nous avons besoin de sécurité, et ce, dans les différentes sphères de notre vie.

Ainsi, au niveau professionnel, avoir des revenus stables par exemple est gage de sécurité. De la même façon, sentir que l’on peut faire confiance à ses collègues ou autres professionnels avec qui nous travaillons est important. La loyauté et la fidélité engendrent et renforcent le sentiment de sécurité. A l’inverse, les non-dits, les mensonges, les techniques de manipulation suscitent méfiance et craintes. Au niveau amical et sentimental, il est important de sentir que nous pouvons donner notre confiance à notre entourage. Sans cette confiance mutuelle, la suspicion, la volonté de prendre le contrôle sur l’autre ou encore l’agressivité peuvent survenir.

Lorsque ce besoin n’est pas satisfait, certaines peurs émergent telles que la peur d’être agressé(e) ou encore la peur d’être envahi(e). Ce besoin touche en effet à l’intégrité physique: « je veux protéger mon espace, mon territoire, mon corps ». Et également à l’intégrité psychique: « je souhaite préserver mes idées, mon bien-être, ma santé mentale ». A l’inverse, l’individu qui se sent en sécurité sur les différents plans ressentira de l’assurance et dégagera également quelque chose de rassurant. Ne se sentant ni menacé, ni envahi, ni agressé, il saura établir des relations équilibrées et satisfaisantes pour tous.

Le besoin de reconnaissance

Avez-vous déjà ressenti de la colère en réalisant quelque chose pour quelqu’un sans obtenir le moindre retour ? Vous êtes-vous déjà senti(e) totalement transparent(e) ou inutile en plein repas de famille ?

Sentir que nous avons une place et que nos contributions sont appréciées est important. Personne n’aime être ignoré et avoir l’impression d’être transparent(e) aux yeux des autres. Parfois, certaines personnes souffrent de cette privation de reconnaissance dès leur venue au monde. Soit physiquement et/ou légalement, soit émotionnellement parce les parents ne souhaitaient pas cet enfant (ou désiraient un enfant d’un autre sexe, ou différent.). Cela vient alors profondément questionner l’identité puisque le droit même d’exister est en question. Au niveau professionnel, lorsque l’on réalise une tâche/mission et que notre travail n’est pas considéré, divers sentiments peuvent émerger. Surviennent en effet la frustration, le sentiment d’être négligé(e), incapable, transparent(e). Les personnes qui souffrent profondément de ce manque de reconnaissance et qui ressentent une forte colère ne trouveront parfois pas d’autres recours que de porter plainte. D’autres iront jusqu’à se montrer agressifs, voire violents. Enfin, certains opteront pour l’isolement et le repli sur soi.

A l’inverse, lorsque l’on se sent reconnu(e), notre estime et notre bien-être s’en trouvent renforcés, ce qui par conséquent développe notre autonomie. Bien entendu, la motivation s’en trouve également boostée car la reconnaissance véritable et sincère est stimulante et valorisante pour l’être.

En tant que médiatrice, j’ai remarqué que ce besoin de reconnaissance non satisfait est très souvent en jeu lors des conflits. En effet, il est très souvent question d’un manque de reconnaissance mutuel qui engendre de l’insatisfaction et de la colère. Mais je reviendrai sur ce point dans un prochain article.

Le besoin d’action

Avez-vous déjà ressenti de l’impuissance par rapport à une situation sur laquelle vous n’aviez aucune prise ? Que ressentez-vous lorsque vous voulez à tout prix réaliser quelque chose mais que l’on vous en empêche ?

Agir c’est entreprendre, se mettre en action, essayer, avancer. Notre capacité à agir nous donne la sensation d’avoir un certain contrôle sur les événements, sur notre environnement. L’incapacité à agir à l’inverse crée une sensation d’être opprimé(e), de tristesse, qui – poussée à un certain stade – peut même engendrer une dépression. Au niveau professionnel, l’expérience de la mise au placard est très douloureuse. Être empêché(e), limité(e), réduit(e) génère de la frustration, de l’énervement, un sentiment d’oppression. Au niveau personnel, il n’y a rien de plus douloureux que de voir un proche souffrir ou même menacé(e) par la mort, et de ne rien pouvoir faire. Agir renforce notre pouvoir, notre autonomie ainsi que le sentiment d’être utile. C’est pourquoi faire « à la place de l’autre » dans l’accompagnement est vain et peu productif. En effet, retirer à l’autre de son pouvoir d’agir ne facilite aucunement l’autonomisation et la responsabilisation.

Il est intéressant de constater à quel point ces besoins sont au cœur des dynamiques conflictuelles. En effet, dans toutes les médiations que je facilite, je remarque qu’il est toujours question de la non satisfaction d’un ou de plusieurs besoins identitaires. Cela fera l’objet d’un article prochainement. De la même façon, je remarque que la crise que nous vivons actuellement vient malmener ces besoins. Ce qui explique en partie qu’on observe un sentiment de mal-être chez de nombreuses personnes dans cette période. De quelle manière la crise vient impacter chacun de ces besoins et quelles en sont les conséquences ? La suite au prochain épisode !

Laure Faget