Le Harry des relations humaines?

Le conflit, « invité » fréquent dans nos vies

« Spécialiste en résolution des conflits » ? Rien que l’intitulé donne des nœuds au cerveau ! Une sorte de Harry Potter des relations humaines en somme! Sans la baguette magique par contre ! A quel moment peut-on affirmer avoir tellement bien compris les conflits qu’on peut même prétendre les résoudre ? Comme si le conflit était quelque chose de tangible. Comme si la résolution des conflits était toujours possible. Ou systématiquement désirée/désirable. Quelle légitimité à être médiateur/médiatrice ? Parfois, j’ai l’impression que plus j’approche le conflit, moins je le comprends. Et plus j’appréhende la complexité humaine, plus j’ai envie de la fuir.

Vivre entourée d’animaux dans un endroit paisible. Que le mot conflit devienne un mot inconnu, absent du dictionnaire. Le décharger de sa teneur. Le vider de sa substance, jusqu’à le rendre inexistant.

Comme vous tous, je hais le conflit ! Pourtant, qu’est-ce que je l’aime aussi ! Avez-vous déjà assisté à un bon spectacle de théâtre sans nœud conflictuel ? Imaginez-vous une histoire d’amour passionnée sans heurt ? Une bonne série sans point de rupture ni déchirure ? Nos existences sont teintées et modelées par le conflit et c’est pour ça que nous l’adorons et le détestons à la fois.

La médiation – une recette non magique mais très efficace!

D’ailleurs, la triste nouvelle c’est que je ne dénoue aucun conflit ! Je ne résous rien. J’observe. Être très présente à ce qui se passe et à ce qui ne se passe pas également. Écouter. Laisser vivre. Questionner et reformuler. Croiser les perspectives. Devenir le miroir d’une émotion passagère. Cadrer l’échange et sécuriser les différentes parties. Écouter encore. Permettre et accueillir l’explosion des sentiments et des émotions. Et puis vient ensuite la résolution du conflit, souvent.

Lors de la dernière médiation collective que j’ai menée, je me souviens dans la phase de pré-médiation des questions au combien légitimes des personnes. Mais alors, si en tant que médiatrice vous n’êtes ni juge, ni avocate, ni conseillère, ni psychologue, au final: qu’allez-vous faire ? Qu’est-ce donc que cette figure du médiateur?

Au niveau sociétal, nous aimons trancher pour déterminer qui a juste et qui a tort. De même, aller vers l’accusation d’autrui semble être un mouvement assez naturel, plutôt que vers la responsabilisation de chacun(e). Aussi, « défendre contre » est sans doute plus spontané que d’ « accompagner vers » ou encore que de « rapprocher de ». De même, recevoir des réponses et des conseils de nombreuses personnes sans toutefois pouvoir identifier ce qui est bon pour soi peut sembler aussi plus confortable. Cet autre – qui sait sans doute mieux que moi – va me dire quoi faire. Le médiateur se refuse à ça. Ou en tous cas, moi, je m’y refuse et c’est un travail intense [voir mon article qui explique pourquoi offrir des solutions à l’autre, ça ne marche guère: https://www.lf-mediation.com/2020/02/04/les-7-obstacles-a-une-veritable-ecoute/]

Le médiateur, un accoucheur de solutions?

En tant que tierce partie neutre, je sais que je ne sais pas. En effet, j’ignore ce qui serait véritablement bon pour cette personne. Ou encore, ce qu’elle éprouve au plus profond d’elle-même et donc ce qu’elle devrait décider. Et même si j’entrevois une solution potentiellement intéressante pour les deux parties, je m’abstiens d’orienter quoi que se soit. Car seules les personnes elles-mêmes savent ce qui est bon pour la relation et ce qu’elles peuvent mettre en place.

J’aime à penser que j’accompagne les personnes à accoucher de leur conflit et à accoucher également de leurs propres solutions. Un conflit resté bien au chaud depuis trop longtemps. Qui ne demande qu’à sortir et à hurler. Alors, laissons sortir, laissons vivre ! En proposant bien sûr un espace propice pour le dialogue, où chacun se sentira en sécurité.  

Les personnes aimeraient parfois que je puisse résoudre à leur place. Mais il me faudrait pour ce faire éprouver à leur place. Souffrir pour leur compte. Aimer au service de leur cœur. Détester au nom de leur égo. Imaginez l’énergie déployée !

Je ne fais qu’accompagner. Écouter, écouter, écouter ! Avec les oreilles, avec tout mon corps, avec le cœur. Tout mon être écoute et alors la simple magie d’une présence véritable et entière, qui n’a d’autres objectifs que d’accompagner, opère. Alors bien sûr, l’écoute est un des outils utilisés, parmi tant d’autres. De la même façon qu’un neurochirurgien et un garagiste ont besoin d’un espace adéquat de travail, de différents outils, d’un peu de matériel et d’une volonté de réparer, j’ai besoin de différents éléments pour mener à bien une médiation.

Une boite à outils riche au service de la relation

En tant que médiatrice, j’applique un certain nombre de principes et méthodes clés pour rester garante du processus. Dans cette médiation collective citée précédemment, j’ai observé chaque personne prendre sa place, se responsabiliser vis-à-vis de certains agissements du passé et se mettre en chemin pour construire un autre futur, ensemble, en équipe. Même les personnes les plus « réservées » ont pu s’exprimer. Aussi, les plus en colère ont su s’apaiser. Des liens se sont créés, d’autres se sont renforcés. De nombreux accords ont pu émerger avec des idées multiples pour les honorer et les concrétiser. Les accompagner à accoucher des solutions qui feront le plus sens pour eux et qui leur correspondront véritablement est le plus beau des cadeaux.

J’apprends tous les jours de ce processus, sur moi, sur les autres, sur tout ce qui se joue entre deux ou plusieurs personnes lorsqu’une situation de tension est vécue. Le conflit est aussi riche, fascinant, terrifiant et complexe que l’est l’être humain. Alors vivons et éprouvons, sinon quoi ?

Laure Faget